Une révolution en deuil : Un an déjà.

Cela fait dix ans que ça s’est passé. Un événement d’une ampleur gigantesque qui a changé ma vie à jamais.

C’était un soir de janvier. L’hiver tenait son rôle et le froid gelait mes os. Sur un parking, une cigarette se consumait entre mes doigts. Je regardais les gens passer. Un par un, j’observais leurs visages, leurs attitudes, leurs expressions. Savaient-ils que trois heures après, ils ne seraient plus comme avant ? Ils entraient comme si de rien n’était, ils entraient avec la curiosité sous le bras, ils pénétraient dans l’inconnu. Moi-même, je ne savais pas ce qui m’attendait. Je voulais juste, en entrant dans ce bâtiment, passer un bon moment. Je me laissais engloutir dans cette foule et pas à pas, je marchais vers la grande salle.

Des fauteuils rouges pour les gradins et au sol, des chaises blanches inconfortables et hideuses avaient été placées dans un alignement parfait. C’est sur l’une de celles-ci que je pris place. Je gardais mon manteau, le froid s’était invité dans la salle et sur ma chaise blanche, j’attendais que les lumières s’éteignent, ce moment où le noir fait apparaître des centaines d’ombres et où l’on sait que tout va commencer. Seconde après seconde, la salle se remplissait, minute après minute, les chaises et les fauteuils étaient pris d’assaut. Ca chuchotait, ça discutait, quelques hurlements, des tapements de mains se firent entendre, et puis les lumières disparurent et un silence extraordinaire prit vie.

Sur la scène, des personnages entrèrent en piste, ils attrapèrent leurs instruments et engagèrent les premières notes. Sur le devant, un micro attendait avec un tabouret de comptoir. Quand la musique se fut appropriée chaque recoin de la salle, il apparut en gesticulant les jambes, frappant des mains, faisant signe aux gens de se lever. Le micro dans les mains, il entama un « Allo Paris » avec la rage d’un homme qui sonne la charge vers un ennemi. Mes jambes n’en pouvaient plus de gigotement, assis sur une chaise qui, déjà, me semblait superflue. Au bout de trois chansons enchaînées avec une douce ivresse, il s’adressa à nous. Des mots qui, à jamais, sont inscrit dans ma mémoire. « Quand je suis venu dans la salle, j’ai vu des chaises ». Il avait prononcé ces derniers mots avec un étonnement volontairement poussé à l’extrême. A ce moment précis, la soirée changea de route. Plus rien n’existait du monde extérieur, la vie de centaines de personnes entra dans une douce folie. Les gradins se vidèrent et la foule afflua vers le devant de la scène. Transcendé par la force des mots de ce grand individu, je grimpai sur ma chaise. Debout, je ne contrôlais plus aucun de mes gestes. Je jouissais de cette anarchie naissante et, le poing levé, je chantai les paroles de sa chanson. Tout se passa très vite et les organisateurs prirent peur pour leurs chaises et se précipitèrent dans la panique pour les retirer. « Au 128 de la rue de Saint Denis, on espère pas, on oublie ». Il enchaînait les titres avec une énergie totalement déboussolante. La sueur coulait comme dans un torrent, je me sentais vivre pour la première fois. L’impression qu’un événement important de mon existence se déroulait et je ne voulais pas que ça s’arrête.

Et puis ce fut le « sha la la », assis sur son tabouret, il chantait ses vers poétiques d’une absolue beauté et il parlait de révolution, et puis le voilà debout sur le tabouret criant de toutes ses forces, de toute son âme. Il donnait l’image de celui qui donne sans restriction, sans retenue aucune. Sa beauté d’artiste n’avait aucun égal dans mes pensées et je buvais ses hurlements jusqu’à un coma éthylique de bonheur. Ensuite il sortit de scène. Pas de rappel, il avait tout donné. Dans le public, le « sha la la » résonnait dans tous les cœurs et dans toutes les bouches. Il avait suscité une magie qu’aucun de nous ne voulait laisser s’envoler, il nous avait donné un endroit où les soucis n’existaient pas. Une demi-heure durant, nous chantions des mots d’une tristesse nauséabonde avec une joie infinie.

Aujourd’hui, je me rends compte de influence de cette soirée et de cet homme sur ma vie et en particulier sur ma poésie.

Aujourd’hui, mes mots sont en berne et je m’habille de noir.

Aujourd’hui un poète s’en est allé.

Aujourd’hui, j’honore son nom et sa révolution.

LG Janvier

L’ange Angélique.

 

Tu siffles insouciante gamine,

Passant et repassant devant moi.

Petite poupée à la belle mine

Tu souffles sur mon cœur en émoi.

C’est en cachette que se font les plaisirs,

Toi qui t’appelle Angélique la jeune,

Petite féerie de mes cinquante printemps.

Mon ange angélique ne me regarde pas,

Pas comme ça petite douceur.

Je suis vaincu, K-o, sans résistance.

Tu es belle, trop belle pour ma raison.

Petite folie, petite femme,

Il m’est interdit de t’aimer.

Pourtant je t’aime,

J’en tremble d’effroi.

La main sur tes cheveux est une larme

Qui caresse mes joues.

Tu me regardes et voila l’enfance

Qui m’étrangle sans sommation.

Que puis-je y faire ?

Le refus m’est impossible.

Esclave rampant à tes pieds,

Fou je suis,

Fou je reste.

Je te fais l’amour sans vergogne,

Sans retenue, sans véritable conscience.

J’embrasse avec passion la perfection.

Une peau sans défaut,

Des yeux qui dévorent la vie.

La rudesse des pluies ne t’a pas encore touchée.

Vierge de drames,

Mon ange Angélique tu vis sans inquiétude.

Tu me dis « je t’aime »

Avec une pointe de passion.

Je te donne le baiser,

Celui de la poésie,

Celui d’un vieux romantique.

Ma mort a fait la moitié du chemin,

Qui me rappelle qu’il est temps d’être vieux.

Pourtant tu es là,

Perdue dans tes songes,

Regardant un oiseau qui s’envole,

Te laissant appâter par le vent

Qui fait vibrer une robe légère.

A vingt ans on s’amuse du vent.

Plus tard, on n’a plus le temps.

Tout va vite,

Les secondes sont trop précieuses.

La montre fait tic tac,

Tic tac, tic tac.

Les jours se raccourcissent

Et il reste tant de choses à faire.

Alors je bois le nectar de l’ange angélique

Comme le graal d’une jeunesse éternelle.

Pensant que des minutes sont gagnées,

Que je gagne du temps de vie.

Ma bien aimée, mon interdit,

Mon ange Angélique,

Fais moi rire de tes singeries,

Fais le ridicule comme seule tu peux le faire,

Encore.

Oui je me répète,

Mais un homme qui radote

Dira toujours je t’aime deux fois.

Je laisse traîner mes pattes sur tes seins neufs,

Émerveillé,

Anéanti par tant de douceur.

Tu me tentes tant,

Tu m’attires trop.

Dépendance acquise à ton odeur.

Quand tu n’es pas là,

Je te cherche comme un vampire

Assoiffé de sang.

Je suffoque en ton absence.

Je suis fébrile comme un nouveau né,

Fragile comme le cristal.

Je donne à mes excès une dimension nouvelle.

Tu m’as redonné le goût aux addictions,

Moi qui avais fait allégeance à l’abstinence.

Un flot de whisky coule dans mes veines

Quand ta présence est ailleurs.

Bien sûr il faut s’ajuster

Se remettre au goût du jour,

Etre dans le coup.

Bien sûr j’ai un téléphone portable,

Bien sûr j’envoie des messages écrits,

J’ai rencontré la modernité.

On parle en texto,

On poétise en email,

On aime en MSN.

Tout faire pour ressembler à un jeune,

Etre sur sa longueur d’ondes,

Dans son époque, sa génération.

Pourtant je ne serai qu’un cinquantenaire,

Embrassant ses vingt ans.

Aucun déguisement ne peut cacher

Les rides qui roucoulent sur mon visage.

Aucun camouflage pour ce corps fripé.

Et alors ?

Et maintenant ?

J’aime mon ange Angélique

Le reste n’a aucune importance.

Ou bien est-ce sa jeunesse que j’aime ?

Cela m’importe peu.

Je conjugue le verbe aimer

C’est ma seule raison d’être,

Le reste n’est que foutaise de poète.

Un ramassis de vers qui s’émiettent

Sur les chemins escarpés du temps.

LG Décembre 2010

Il neige sur la Beauce.

 

Le toit des chaumières laisse s’échapper des traînées de fumée,

Colonnes blanches qui s’envolent au septième ciel.

La nuit tombe l’après-midi, les fenêtres font jaillir leur lumière artificielle,

Les étoiles se ramassent à la pelle et la lune s’en est allée.

Il neige sur la Beauce.

La chapelle royale a froid et la couronne est gelée.

Le monument se reflète sur le verglas du temps,

Sur les hauteurs il joue à chat perché errant.

Les rois se meurent et une saison est dépassée.

Il neige sur la Beauce

Le beffroi se darde en homme fort de la ville,

Guetteur intemporel sur les pauvres clowns fatigués.

Sa grimace grise au vent, il raconte les histoires du passé,

Du temps où il était beau, sans ride et utile.

Il neige sur la Beauce.

Sur les trottoirs, les manteaux de fourrure traînent.

Sur les pignons, Noël fait voler ses guirlandes scintillantes.

Décembre est déjà dans les vitrines attrayantes

Et dans les rues, les bonshommes en rouge s’égrènent

Il neige sur la Beauce.

La météo prévoit le retour de la misère

Sous les ponts, sur les bancs, il n’y a plus rien.

On ouvre les refuges et des petits liens.

La soupe du pauvre sera encore présente cet hiver.

Il neige sur la Beauce.

Il tombe de la mort dehors, les anciens ne sortent pas.

Encore une saison qui s’achève, encore une année qui s’ensommeille.

Les jeunes rêvent d’un été prochain avec un nouveau soleil,

Se disant qu’ils auront grandi d’ici la.

Il neige sur la Beauce.

Dans les champs, on a guillotiné les blés

Laissant un paysage apocalyptique à perte de vue

Des flocons envahisseurs s’emparent de cette terre nue

Pour y déposer un lac de blancheur d’une belle immensité.

Il neige sur la Beauce.

Je suis à ma fenêtre à ne rien faire,

J’observe mes pensées voltiger sur ma région,

Cela passe le temps en cette saison

Et permets de faire de la poésie sans en avoir l’air.

LG Novembre 2010

L’amour blessé

Il a vu mais plus maintenant,

C’était un autre temps, un autre temps.

Des gestes façon gracieuse,

Des caresses à la manière amoureuse,

Il a vu tout ça, il a bien vu.

Alors il se sent comme un ange déchu.

Aveuglement il a été,

Eperdument il a aimé.

Tout a une fin, c’est la fin.

Bientôt, il n’y aura plus rien.

Il sent la naïveté s’envoler

En même temps que se meurt un été.

Le drame a écrit les peurs,

Celles à venir, celles qui brisent les cœurs.

L’amour reste malgré tout,

Mais la jalousie rend fou.

Il se raisonne quand la raison se meurt.

Cherche les roses quand il n’y a plus de fleurs.

Sur le qui-vive, il embrasse tous les espoirs.

Sur le qui-vive, il écrit tous les soirs.

Des mots sans queue ni tête.

La même phrase toute bête,

Comme un puni, comme un dément,

« Plus rien ne sera comme avant ».

LG novembre 2010.

Une quête

  Je suis rempli de naïveté qui éblouit mes actions d’insouciance car la connaissance inexacte de l’humanité n’est rien d’autre qu’un homme qui est resté un enfant. L’éducation alternée ne m’a laissé que des miettes que ma jeunesse a grignotées à grandes bouffées. L’estomac de la connaissance, avide de tout et pour tous, s’agrandit à chaque élément ajouté. Voilà pourquoi je mange le monde et ses habitants. J’apprivoise ce que je digère pour dicter mon évolution dans des profondeurs inattendues. Il est des faims qui n’auront aucune fin.

Ce que je sais, se tient dans une main qui tourne des pages. Tous ces instants de silence spirituel qui s’accaparent mes yeux ont le privilège de faire grandir un homme. Il arrive que l’ennui démonte les joies et les ravissement mais quand la jouissance d’une idée qui se fait acquisition trône sous mes cils, je deviens un être puissant. Tout est éphémère et une idée n’est nouvelle que sur l’instant, le lendemain, elle est déjà rangée dans la désillusion.

La frustration devient alors le poids que je porte au pied.

Devant un écran, je suis dans l’eau, nageant dans un océan. Devant cet écran, la simplicité se transforme en poésie. Dans l’écran, mon cerveau écoule des mots tels que patriotisme, peur, incroyance, injustice, mort et amour. Au delà de l’écran, une fleur des quatre saisons de la vie aromatise d’ivresse mes sens de la félicité.

Dans l’excentricité de mes œuvres, il me faut convier les mauvais esprits qui hantent tout homme qui se préoccupe un tant soit peu de l’existence même de tout ceci. Le bien et le mal doivent-ils être définis de manière générale ? Il convient de dire non. Les injustices sont-elles des fatalités que l’esprit humain crée ? Il m’apparaît d’une évidence implacable que tout va dans ce sens. Faut-il encore se hasarder sur l’existence de l’homme et de son but ? Illusoire réponse, le temps me manque et l’intérêt aussi.

Je sens en moi une dualité naître des péripéties des années vécues. En effet, il m’arrive d’entrevoir l’ascension de mon contentement personnel vers une liberté individuelle, signe d’un bonheur intérieur, et la normalité passéiste propre à la loi de l’homme. Cette opposition s’affronte dans une guerre impitoyable et dévastatrice. Dans la tourmente intellectuelle, je me refuse de choisir un camp, je m’interdis tout favoritisme et j’ignore le vainqueur. Je sais, avant le résultat final, que des rêves vont perdre la tête sous la lame d’une guillotine. Quelle folie me pousse à croire que tout se meurt dans l’effervescence d’un acte irréversible, la pensée qui se restreint à croire qu’il n’existe qu’un chemin est la preuve de ma naïveté qui m’assombrit dans la simplicité des choses environnantes. C’est dans ce raisonnement que ma quête de la vérité prend une ampleur expérimentale, la conscience soigneusement attelée aux idées que j’engrange. Ma dualité fait exploser des obus à chaque mot fin d’un livre. Aucun traité de paix ne peut exister et je conçois, dans une faible lueur, le tiraillement perpétuel de ces cimetières où j’enterrerais des idées.

Un lecteur quelconque ne peut se satisfaire de ces mots qui n’expliquent rien. Il faut outrepasser les déraisons de mon esprit et exposer, autant que possible, des fenêtres qui donnent sur des espaces où le rêve s’accouple avec l’évasion. J’invite tous mes frères, c’est-à-dire tous les hommes qui pensent que des espaces existent sans aucune désolation ni amertume, à venir cueillir les fleurs de la liberté.

Personne ne peut comptabiliser toutes les définitions du mot liberté. Aucune évidence ne permet d’accroître une vérité plutôt qu’une autre. L’individualité de l’être apporte un semblant de réponse, c’est dans son imprévisibilité d’acte que l’on entrevoit la vraisemblance dans toute origine et que l’on appel destin. Je peux, dans une histoire imaginaire, faire marcher un personnage dans une rue, le faire tourner à droite ou le faire tourner à gauche. Voilà un mouvement d’une existence libertaire qui se résume dans le choix simple et imperturbable car un choix qui se prend dans un acte de liberté se fait dans l’évidence.

Que puis-je faire d’une liberté imaginaire qui n’entretient que mes espérances et qui expose les différences entre mes rêves et ma réalité ?

Mon tableau est celui d’un homme assis face à une feuille blanche, le crayon à la main et des idées plein la tête, soudain les quatre murs de la pièce se rabattent sur lui comme le signe d’un temps qui passe et d’une mort qui approche. Je vois ces murs se rapprocher comme le léopard s’approche de sa proie : au dernier moment, quand il est trop tard. Comment ne pas croire au sentiment de liberté pour supprimer ce tableau de l’inconscience, et quelle importance si celle-ci nous fait oublier qu’à toute histoire il existe une fin.

Je peux me fourvoyer dans les mots dans une absolue démence. Je me plonge dans des récits de toute sorte, dans des profondeurs océaniques. Toujours dans la quête de l’ultime manuscrit, de l’absolue réussite pour enfin ouvrir mes ailes à la face du monde. Que puis-je attendre d’une reconnaissance à grande échelle et dans quelle mesure me sentirai-je plus libre ? Je sens en moi monter des questions qui n’apportent que des migraines. Dans un tunnel où je cherche mon talent, j’entrevois ma solitude et mes doutes. Dans le noir, je tombe sur ce qui n’a pas de sens, ce qui ne peut se toucher et que la compréhension ignore.

Je vois dans la nature un lien existant vers la liberté. Celle-ci est ouverte à nos yeux et à nos délices, mais quel droit ai-je sur elle qui me permet d’en faire ma source pour être un homme libre. L’homme dans sa servitude pour la destruction de toute chose apporte sa cerise sur le gâteau de ma perplexité.

Dans une conclusion hâtive, il me vient à croire que ma liberté ne peut se faire que dans un lien étroit avec mes congénères et je dois en même temps faire face à leurs esprits criminels qui oppriment mon optimisme. Ce qui revient à dire que ma vie est une dualité entre mes envies et un fatalisme global. La force de cette dualité assombrit les rivages de ma liberté et souille cette eau qui se meurt à mes pieds.

Mes théories sont à l’image de ces forêts que l’on défriche. Les animaux reculent dans des espaces qui faiblissent et la végétation brûle dans les airs. Voilà pourquoi le duel qui m’habite a fait naître le sentiment mortel que l’on nomme la peur. Désespoir, désordre et impuissance sont des mots que j’écris à l’encre noire car l’utopie de mes désirs ressemble de plus en plus à ma pierre tombale. Le monde tel que je le connais a vu des siècles effleurer l’histoire de l’homme mais rien ne me fait voir que l’existence peut se faire dans une liberté absolue. Aucun système pas plus qu’une philosophie n’a résolu le problème de la liberté humaine.

Dans le chemin que j’emprunte pour découvrir la vérité sur la liberté humaine, je croise l’esclavage qui met en lumière ma servitude de toujours. Je vois, assise sur un rocher rond, la dictature démocratique qui me donne la clairvoyance sur l’état de ce que nous sommes réellement, c’est-à-dire des chiens qui courent mais qui, au premier sifflement, reviennent fidèlement vers leurs maîtres. Au grand jour, je m’aperçois qu’il me faut goûter à toutes ces exigences pour exploiter pleinement la révolution qui m’apportera une liberté.

Tout homme a son supérieur. Démis de toute autorité des hommes qui exerçaient un pouvoir sur moi, je retire de mon cou la corde qui entravait mes désirs de liberté. Du coup, le caractère primitif du devoir envers une hiérarchie se réduit au néant, emportant avec lui la tentation d’incorporer la classe des puissants. Que me reste-t-il après ce ménage si ce n’est mon crayon et ma feuille blanche. Je me suis donné les moyens de prendre la route qui longe la falaise d’où je peux voir cet horizon qui me donne la folie des grandes étendues. Pourtant, une idée vient me gratter les chimères et je vois le bord de la falaise se rapprocher irrémédiablement. Mon indépendance de tout ordre n’efface pas les servitudes et ne me donne aucune liberté. Au contraire, mes nouvelles prétentions ont donné à ma vie la nécessité de résultat et je dois à moi-même la réussite de mes désirs. Il me faut donc prendre en considération la limite que peut avoir l’indépendance acquise et tenter de trouver le moyen d’initier ma personne à l’absolue vérité qui mène au véritable sens du mot liberté.

A force de lire la sagesse de ceux qui m’intriguent, une perception nouvelle prend naissance. A trop écrire, une vision s’illumine et me montre une nouvelle voie. La création de toute chose doit s’exercer dans un entraînement intensif. Mon indépendance toute nouvelle est une vérité qui joue avec l’adéquation que mon corps et mon esprit réclament dans un feu brûlant de vitalité. La limite de cette indépendance n’est en aucune manière un problème qui anéantit mes espérances d’accéder à ma liberté, elle est une pièce qui fait partie d’un puzzle pour lequel, je me dois une recherche éternelle. La passion qui habite mon cœur existe dans l’essence même de mon écriture et quel autre premier pas vers la liberté si ce n’est de vivre ses passions. Personne ne me somme de le faire, mais ma passion me l’ordonne, mon choix aurait tout aussi bien pu se faire dans la multitude de mes envies.

J’ai signé un accord avec mes croyances et ma vie. Cela comprend la simplicité et ses béatitudes, l’inexistence des principes et le combat contre les préjugés. Tout ceci me pousse à penser que c’est dans cette direction que le puzzle de la liberté me sera dévoilé, car il ne me suffit plus de la frôler, je la veux pour paradis.

La vérité a un prix qui se compte en temps mais aussi en jugement. La condition de mon existence apporte à mes théories une totale espérance et j’irrigue mes idées d’une eau douce où ne subsiste aucune attaque moribonde de cette société qui fabrique des images. Alors qu’un monde d’une puissance incommensurable va tenter de mettre à bât mon cheminement, je lègue mon avenir dans ces mots pour en faire le vaccin contre les épidémies de doctrine du bien pensant et du bien être. Ma vérité se tient dans ce que je veux être, un homme libre.

LG Février 2010

mon premier recueil de nouvelles

http://www.lulu.com/product/couverture-souple/ne-men-veux-pas/12308122

Au bout du voyage.

Ne fermez pas la porte, je ne suis pas fou. Etre seul est angoisse à laquelle je ne peux faire face. Je vous en prie ne fermez pas cette porte, ne laissez pas le noir m’envahir. Pourquoi tout ceci ? Qu’ai-je donc fait de si condamnable ? Vous dites que des images sont apparues dans mes vers, qu’il en ressort une certaine beauté et que celle-ci mène au ciel. Je ne me connais pas ce talent, je ne suis pas magicien. Vos yeux ont-il pu se tromper ? Je n’ai fait qu’écrire, rien d’autre. Mes mots ne sont pas des armes, je vous assure, il y a erreur, je ne suis pas ce que vous prétendez être. Pourquoi m’attachez-vous ? Je ne suis pas politicien, je ne suis pas philosophe, n’ayez pas peur. Je ne suis pas fou, j’ai la folie des mots. Faut-il me mettre à genoux pour implorer ? Bien sûr vous pouvez disséquer chaque mot, bien évidement vous ne trouverez rien d’autre que mes pensées. Je ne suis pas fou, je suis égocentrique, mais estce un crime ? Non, bien sûr que non, nous le sommes tous un petit peu. Ne vous fâchez pas, je sais, les hommes de plume le sont plus. Alors vous allez fermer cette porte, vous allez tuer cette lumière que j’ai mis tant d’années à construire, tant de force à m’animer, à espérer, tant de courage anéanti par une porte qui se ferme. Assassins, voilà ce que vous êtes. J’ai vécu dans la rime de mots, dans les idées du cœur car rien ne vient d’ailleurs quoi qu’on en dises et dans la passion éternelle d’un dictionnaire. Attendezs ne fermez pas encore la porte, je n’ai pas encore tout dit. Vous dites que tout est délibéré, vous affirmez ma culpabilité et j’avoue tout sans condition. J’ai noirci des pages blanches sans scrupule et avec la conscience d’une mort certaine mais vivre sans risque est une mort annoncée. Ne partez pas maintenant, j’ai le droit à la cigarette du condamné. Voyez la volute de fumée qui s’envole, je suis comme elle, un homme qui part en spirale se confondre dans l’air pour enfin disparaître, mais au sol subsiste le filtre comme subsistent les feuilles de mes écrits. Je vois que mes arguments vous ennuient, je décèle votre désir de sortir et de fermer cette porte. Je ne peux plus rien faire pour me sauver, tout espoir est envolé, alors retournez vers les chaumières de la certitude et laissez moi vivre ma fin. Vous devez avoir raison, je suis fou, je suis d’accord avec vous, fermez la porte, la nuit doit être mon châtiment. Après tout, j’ai toujours été conscient que l’acte d’écrire finit par la mort. Je suis poète et je meurs dans la solitude ténébreuse.

LG Juillet 2010

Au terminus des amoureux

 Un tavernier appelé moustachu

Lascivement essuie des verres

Tandis que sur un comptoir de bois vêtu

Des godets s’étalent dans des couleurs peu claires.

Un homme porteur d’un nez rouge et d’un béret

S’évertue à ne rien dire sans faiblir

Alors qu’un autre à la mine écrasée et pas rasée

Sévit dans un grand festival de délire.

Une rombière boursouflée de tous côtés

Donne dans la voix criarde et démesurée,

S’envoie un picrate bon marché

Et respire son trop plein de fumée.

La patronne s’exhibe à la caisse,

Fustigeant une météo maussade

Riant à en perdre sagesse,

Vivant de vin blanc et de fanfaronnade.

Sur le sol en échiquier s’étale la crasse,

Héritage du temps qui passe.

Une odeur de vieillesse envahit l’atmosphère

Comme dans des hôpitaux de grabataires.

Des lustres qui brillent par leur absence

De lumière clament la décadence.

Des chaises et des tables se disloquent,

Leurs voyages vers une mort est sans équivoque.

Le ciel ne transperce plus les vitres,

Le soleil ne fait plus le pitre,

La pellicule de jaune est tout autre,

Un témoignage de ceux qui fument, de ceux qui meurent,

Fiers comme des apôtres ;

Les vies de misère donnent dans la clameur.

Au fond, deux guéridons s’affrontent

Face à une banquette dotée de rouge et de trous

Laissant entrevoir sa mousse sans honte.

Une jeunette boit un verre dans le flou,

Elle a le teint blanc de l’isolement

Et la tristesse de l’enfermement.

Tout habillée dans une absence d’éclat,

Ses mains sont à plat,

Son dos courbé

Son coeur tourné.

Les yeux dans un songe

Le chagrin la ronge.

Noisette sont ses yeux,

Grands sont ses cheveux

Qui ondulent comme une mer tranquille

Et s’entremêlent dans un joyeux drille.

La porte s’ouvre dans un grand fracas,

La clarté du jour fait éclater l’obscurité,

Les individus de comptoir en font grand cas

De perturber leur bruyante intimité.

Les illuminés perçoivent un bellâtre

Immobile dans son grand manteau noir,

Scrutant la pleurnicheuse d’albâtre,

Laissant son sourire au vestiaire du désespoir,

Il avance en bousculant des chaises,

Sous le regard ahuri de l’ivresse,

Vers des larmes au bord de la falaise

Que la petite retient avec détresse.

Il s’assoit avec un regard insistant

Sur la petite larmoyeuse sans émoi.

Le taulier à moustache dans un acte de fainéant

Lance un « je vous sers quoi ? ».

Tout se passe dans un silence d’apocalypse.

D’une voix lente et disgracieuse,

L’homme commande un pastis

Et s’en retourne vers la délicieuse.

Le bien beau sort ses armes,

Des balles en forme de lettres

Fusillant ce petit être

Qui se recroqueville dans des larmes.

Elle se confond avec la banquette usée,

Trouée dans les moindres recoins de son âme.

A trop dégainer on atterrit dans le drame

Et le chargeur finit par s’écluser.

Alors plus rien ne se dit et elle se lève,

Seul un brouhaha de verres qui claquent

Répond au silence d’une femme qui craque.

La main sur la poignée de la sortie, elle s’arrête.

Le dos à la vue de tous, ils guettent,

Ce qui semble être une fin

Dans le terminus des amours défunts.

Les affreux du comptoir regardent les protagonistes,

De gauche à droite les dos s’attristent.

Dans l’un, la nuque du meurtrier

Dans l’autre, la mort à l’étrier,

Elle ouvre la porte dans un dernier sanglot

Et s’engouffre parmi les badauds.

Plus rien ne se passe,

Les verres restent à leur niveau,

Les sourires s’effacent

Le silence ne fait pas défaut.

Le bourreau commande une bouteille

Pour noyer sa peine,

Et la culpabilité qui s’éveille

Dans le sang coulant dans ses veines.

Sur le bastringue, on ne boira pas plus,

On s’en retourne dans les chaumières,

Demain est un autre jour au terminus

Où viennent finir des amours sans lumière.

LG Mai 2010

un jour de solstice

Ma belle,

laisse moi vivre ces quelques mots qui te disent  je t’aime.

Tu es loin de moi mais si présente.

Et je vis dans des dimanches.

Ma douce,

tu es là-bas et les kilomètres sont mes sanglots,

je vibre dans ton intensité,

une extase sans limite qui monte jusqu’à me briser,

ma tendresse,

le temps me meurtrit,

la blessure de ta main sur ma peau,

le soleil de tes yeux qui crée mon ombre,

tout a ton odeur qui me laisse mourir dans la solitude,

ma muse,

les cloches ont sonné pour notre amour,

mon coeur en font leur écho,

moi qui se fait le deuil d’une absence passagère,

moi qui se meurt de ne pouvoir te serrer dans mes bras,

mon coeur,

je vis par le regard d’une rose,

qui s’exhibe avec le vent,

un pétale voltige dans un va et vient avec l’air,

immobile je le regarde tomber,

le rosier est somptueux et tu es belle,

mon amour,

je mets mes mains à t’attendre,

sur les routes que je souillerai,

sur les macadams où je languirai,

mes mains se feront les ailes d’un ange,

ma femme,

tu es l’oeuvre que je n’ai jamais écrite,

mais celle qui me fait vivre,

mes mots ne sont pas ceux du poète,

ce sont ceux d’un homme que la chaleur étouffe,

d’un homme qui prêche sur des feuilles blanches,

l’amour que j’envoie à tes pieds.

LG Juin 2009

Le baiser du poète

 Il n’ose l’embrasser

de peur que tout se finisse.

Un acte sonne le glas des sentiments.

ses lèvres le savent,

elles connaissent l’issue.

Un toucher éphémère,

qui engendre la passion.

L’accouplement d’une peau avec une autre

un désir partagé,

une félicité désirée,

une force brutale et fantastique,

rien n’est fait au hasard.

L’oraison d’un amour naissant,

un début voilà ce que c’est,

un commencement timide,

un balbutiement du mot aimer,

un nez qui touche un autre nez,

une joue sur une autre joue.

Tout se fait en caresse,

rien ne doit être retenu,

la chance ne sourit qu’une fois.

Chaque amour est unique,

même si il est sans lendemain.

Ne jamais aimer à moitié.

La fougue doit être maîtresse

des coeurs romantique.

Le temps de sa poésie,

la fille s’est envolée

vers un autre que lui.

Un de ceux qui donnent des baisers,

comme feuilles qui tombent en automne.

Alors le poète retourne à sa feuille,

écrire un nouveau désespoir.

LG Mai 2010

Le gâteau

Au bout du couloir,

la cuisine fait du bruit.

De l’eau chute sur un évier,

des papiers se froissent,

des couteaux claquent.

Dans la pièce principale,

des planches supportent des souvenirs,

une enceinte pousse des mélodies,

des bibelots d’une vie vibrent,

le parquet ne grince plus.

Une fenêtre tout de blanc vêtue

s’ouvre pour le grand soleil.

Une barrière mangée par la rouille

se pose face au vide de trois étages

Pour contenir les malencontreuses glissades.

Les yeux au ralenti, il regarde.

Une odeur de gâteau flotte.

Tout est statique, il se lève.

Le parquet craque sous les pas lourds.

Une musique s’adonne à la tristesse.

Devant l’été qui s’annonce, il contemple.

Un léger vent caresse le visage trempé.

Le ciment froid sous les pieds nus,

drôle d’idée de laisser des pieds à l’air

quand on tangue de vertige.

Planant comme Icare, il sourit.

Les larmes s’évadent par la faute du vent.

Un coeur de plume et les bras déployés,

il voit la nuit approcher à grand battement.

Il voit le grand jour disparaître.

Une mésange sur une clôture en bois

chante et sautille à tout va.

Une chanson soupire un rock endiablé.

On apporte le gâteau d’anniversaire.

Tandis que la terrasse se maquille de rouge.

LG Mai 2010

Je n’ai plus d’age.

J’ai perdu mon âge, sans raison apparente. Suis-je en avance ou en adéquation avec le bon tempo de la vie ? J’ai perdu mon âge, oublié sur un banc où je m’étais arrêté pour prendre du bon temps. Je suis resté sans doute trop longtemps sur ce banc, ma tête s’est égarée dans le bon temps. Heureusement j’ai retrouvé ma tête à temps, elle partait se faire la belle aux étoiles. J’ai perdu mon âge, on se sent seul sans lui. Tout ce temps à le garder près de soit, à l’observer, à le commenter et à le voir changer. Je suis bien seul, je suis bien triste. J’espère que mon âge sera retrouvé et qu’il fera peut-être le bonheur d’un autre ou d’une autre, moi je l’ai perdu pour toujours. Je me souviens d’avoir perdu le temps qui passe aussi. On perd tellement de choses dans la vie. À vrai dire, il s’est fait la malle, le temps qui passe. Je me souviens de nos discussions, de nos rires, et puis un jour, il est parti voir ailleurs, sans un mot, sans un geste, il a pris la tangente. Je n’ai plus d’âge, ni de temps qui passe. Le temps qui passe est parti et mon âge s’est perdu, et moi, dans mon brouillard, je tente de garder ma tête. C’est triste à mourir, j’ai perdu mon âge, j’avais la tête ailleurs, dans un coin le temps passe. Alors, maintenant, je reprend mon sac à dos et continue mon chemin, car je n’ai aucune envie d’aller rechercher mon âge, le temps passe trop vite pour revenir en arrière. Avec un peu de chance, un autre âge m’attend, quelque part où le temps passe.

LG Mars 2009

Par cœur.

 Accroché à son cou, je respire son odeur,

Dans une inspiration apaisante, j’effleure

Cette peau aux mille baisers, aux mille senteurs.

Je tangue, je tangue dans son admirable demeure.

 

Enroulé dans ses bras, je me meurs,

Repoussant d’heure en heure le dernier quart d’heure

Qui verra se finir un brun d’éternité ou de bonheur,

Aucune différence, c’est le même chef-d’œuvre.

 

Défait de mes habits de poète, je flirte

Dans un lit flamboyant de fleurs

Avec la femme sans débardeur,

Sans rien qui se rapproche d’un leurre.

 

Suivi dans mes gestes et dans mes peurs,

Elle a le regard en froideur

Je lui pleure ce qui est ma pudeur,

Sans rien qui n’affranchisse mes erreurs.

 

Retranché dans mes tranchés de guetteur

J’observe avec un œil vif et dessinateur

Ce qui est mon esquisse, ce qui est ma saveur.

Le reste n’a pas d’importance, tout est sans valeur.

 

Aimer sa chevelure à m’en faire coiffeur,

Ecouter le bruit de son ventre comme un docteur

Dans sa vie, je serai un défenseur, un bretteur

Le traîneur de son âme et de sa blancheur.

 

LG Avril 2010

l’homme et la page blanche

Un jour, un homme me présenta une page blanche qui était collée à son dos. L’homme m’était inconnu. Pourtant il me dit :

  • Je vous présente une page blanche qui ne demande qu’à se remplir de lettres ou de mots. Choisissez !!!
  • Ma foi, je n’ai pas pour habitude de remplir des pages blanches que je ne connais pas.
  • Ne vous inquiétez pas, elle n’a pas pour habitude de se laisser écrire.

J’étais rassuré. J’étais sur le point de souiller cette feuille blanche quand je lui dis :

  • Mais pour quelle raison cette feuille se laisserait-elle manger par ma plume sur votre dos ?
  • C’est une page qui n’a plus d’attache.
  • Elle a votre dos.
  • On porte tous un fardeau. Le mien c’est de porter cette feuille avec vos lettres ou vos mots.

Je pensai, en mon for intérieur, que tout ceci de menait à rien et qu’il fallait mettre un terme à cette conversation

  • Si vous ne marquez rien, cette page sera déchirée en multiples morceaux qui s’envoleront avec la grâce du vent. Vous avez le don de lui donner la vie éternelle.

Mon rôle, tout nouveau, m’envoyait dans un univers céleste et je prenais ma plume pour un objet divin.

  • Mitraillez cette blancheur comme si on arrachait vos entrailles. Faites de cette clarté, immaculée de virginité, un assemblage de mots qui ne veulent rien dire, ou peut-être pour vous, ou pour elle, ou pour eux, ou pour moi. Cela n’a aucune importance. Inspirez l’air et laissez votre inspiration se dégourdir sur cette île déserte qui ne demande qu’à être foulée.

Je me mis à dessiner des lettres puis des mots. Je gribouillai des lignes, sans interruption, d’une traite. Quand j’eus fini, cette histoire était écrite. Cette page n’était plus blanche, elle ne m’était plus inconnue et l’homme s’en alla dans mon imagination.

LG Septembre 2009

Mon inconnu

  Ne pas lui faire voir que tout est bon,

Ne pas écouter sa langue de serpent,

Ne pas tomber amoureuse de mon inconnu.

Je ne dois pas m’étendre sur lui,

Pour qui se prend-il cet inconnu ?

Croit-il que je l’aime ?

Mon amour n’est pas à vendre

Au premier inconnu qui passe.

 

Chaque jour qui s’éteint de ma vie

Je le vois assis sur mon fauteuil,

Mangeant ma soupe et buvant mon vin,

Riant avec sournoiserie,

Me moquant avec délice,

Mon inconnu savoure mon incrédulité.

Alors je lui verse des insultes,

Je le méprise par mes absences,

L’endors de mes promesses

Et fige mes gestes de tendresse.

 

Un soir dans ma peine,

Un courant d’air glacial

A emporté mon inconnu.

Les murs sont blancs et sans bruit.

La chaise est vide de sa présence,

Le fauteuil a effacé son empreinte.

Je reste seule parmi ce foutoir de solitude

Qui gangrène mon cœur

Et m’emporte vers ma déprime.

J’ai joué à être sirène

Chantant des sérénades de chagrin.

J’ai prié tous les dieux

Pour le pardon de mon inconnu.

 

Voilà mon inconnu que je cherche,

Il avait fui mes connaissances

Cherchant à n’être qu’un mystère

Dans ma ruée vers l’or.

Ce soir mon inconnu est dans mon lit,

Froissant les draps de ses courbures,

Il batifole sur mon dos courbé,

Caresse après caresse, je deviens diablesse

Je sens les yeux de mon inconnu

Délier ce qui me reste de pudeur,

Pervertir ma vertu et la raison.

Je tombe dans le vide,

Vertigineuse descente dans un enfer

Où se trouvent les bras de mon inconnu.

 

Au petit matin l’équinoxe est parfait

La nuit a rejoint le jour.

Mon inconnu a son bras sur ma taille,

Je somnole par paresse,

Me languissant de ce contact fragile

Je vote pour l’immobilisme

Des présents radieux.

Je suis une mer dans un océan

Que mon inconnu incarne

Avec une profondeur d’eau claire

Qui n’est autre qu’un amour unique.

La fluidité d’un monde incommensurable,

Une perle d’or dans une huître d’argent.

Le calice d’une vie et de son unicité,

Ne sont que l’image de mon inconnu

Que je garde depuis neuf ans

Dans le jardin secret de mes rêves

LG Avril 2010

Las, elle n’est plus là

Ma tête s’est vidée de tout. Je sens un infini rien dans cette caboche qui s’est ruinée pour quelque poésie sans prétention.

La prétention, encore un mot indéfinissable qui me définit.

Je meurs de ne pas m’être aperçu que mes idées s’épuisaient.

Pourtant, le nez collé à une fenêtre, je vois tout ce qui peut être dit ou raconté. Tant de choses à réciter. Des arbres sur les toits, des toits sur les arbres. Les ombres qui caressent un mur nu. Des hommes habillés, flânant dans une rue vide où la foule grimace. Tant de choses peuvent être écrites et je suis las. La nuit va tomber et des étoiles vont briller dans le ciel sans fin. Les lampadaires vont illuminer les trottoirs usés par trop de marche. Des belles aguicheront les vices et le monde s’endormira. Je me sens si pauvre depuis que plus rien ne sort. J’ai perdu mon dictionnaire des amours, Baudelaire s’en est allé, je veux crier le mot imagination comme un dieu. Je jure à l’inspiration, à la dépravation élévatrice de mes rhétoriques lyriques. Où sont mes amitiés qui me donnaient les forces de mes grandes lettres ? Je cherche les grands soirs d’ivresse qui ont donné les ressorts de mes vers. Pourquoi ne suis-je plus ce que j’ai été ? Où est celui qui pensait que les mots lui appartenaient ? L’énergie me manque pour le retrouver, il doit être loin maintenant, trop loin sans doute. La poussière a pris mon fauteuil de bureau, mon stylo n’écrit plus que des chiffres et ma main ne fait que des gestes d’adieu.

LG Avril 2010

En berne

Mes larmes sont au bord du gouffre

Que le vent va pousser

Hors des frontières de la gaîté

 

Mes jambes sont en action

Mais se sont mes souvenirs qui avancent

Vers ce qui était et qui ne sera plus.

 

Ma peine est grande et j’en crève,

Mon cœur est lourd et je m’aplatis

Comme une crêpe sans raison et sans âme.

 

Ma main est veuve et mes yeux sont en deuil,

Le vertige de la tristesse abîme mes joues,

Je crains au désespoir et à la déprime passagère.

 

Samedi noir où plus rien ne subsiste,

L’hiver a passé mais l’été ne verra pas le jour,

Le printemps a été fatal.

 

Notre terrain de jeu ne sera plus qu’un cimetière

Fait de bois en croix où le recueil de mes vingt ans

A jamais va se figer, dans une morte saison.

 

Mon chapeau noir sur le cœur,

J’entends les aboiements d’un au revoir.

La vie passe, la mort aussi.

 

Adieu mon chien

Et comme dit un certain,

Je te viens déjà.

 

LG Mars 2010

Qui suis-je ?

 

Qui je suis ?

La blanche colombe qui se pose sur les épaules des tirailleurs sans arme.

Qui je suis ?

Un débonnaire qui écoute l’eau claire et pure de la fontaine aux anges.

Qui je suis ?

Une sorte de rêveur sans réelle prétention.

Qui suis-je ?

Un vandale qui prend le monde pour une feuille blanche.

Qui suis-je ?

Un garçon à peine, un adolescent dans la fureur, un adulte pessimiste, un vieux sage stupide.

Qui suis-je ?

Un praticien de ces idées, un philosophe amaigri, une étoile scintillante, un hippopotame à deux bosses.

Qui suis-je ?

Une gâchette à eau, une rose aux yeux bleus, un serpent blond.

Qui suis-je ?

Un printemps qui se réveille, un hiver qui se meurt, un été qui s’annonce.

Qui suis-je ?

Un fantasque qui s’émoustille de ses vers, un régisseur de poésie, un escalier de nuage.

Qui suis-je ?

Une fresque remplie de noir, un épouvantail stupide qui effraie les hommes stupides.

Qui suis-je ?

Le fantassin de mon quartier, l’oracle de ces seigneurs, la fée d’un chêne.

Qui suis-je ?

Une peinture rouge, un parapluie océan, une grimace passagère.

Qui suis-je ?

La maquette irrégulière d’un homme, le bouchon d’une bouteille rouge délice.

Qui suis-je ?

Un parterre d’ortie, une couronne d’edelweiss, un firmament d’espérance.

Qui suis-je ?

Une fissure sur la lucidité, un présent dépasser, un rigolo triste.

Qui suis-je ?

Un fier à bras, un cador de l’infortune, un coq déplumé, un fantôme lunaire.

Qui suis-je ?

Une main que l’on prend pour guide, une main qui sert d’arrimage pour les bateaux perdus.

Qui suis-je ?

Une feuille d’automne, le bossu de ma dame, un misérable heureux.

Qui suis-je ?

Un patriote de la simplicité, une caricature d’écrivain, une fanfreluche que l’on range dans une bibliothèque.

Qui suis-je ?

Une marionnette sans fil, une histoire sans fin, un filament lumineux, un freluquet de haine

Qui suis-je ?

Un dérisoire petit homme, une cacophonie silencieuse, un mutisme bruyant.

Qui suis-je ?

Un homme libre.

LG Mars 2010

Dimanche

Remets toi, assieds toi. Accapare moi.

Souligne la ligne de ma vie,

Allume ma cigarette,

Je vais la fumer.

 

Bouge toi, ondule toi, je te regarde.

Fais vibrer les fibres de ma vie.

Allume encore,

Je n’ai pas fini.

 

Envole toi, par-dessus les toits, prends moi.

Tourbillonne dans ces gravillons du désordre.

Ma fumée arrose la pièce,

Je tire ma bouffée.

 

Utilise tout et pour tous, sauf moi.

Fais toi le refuge de tout ce grabuge.

Le tison est rouge,

Elle est entre mes lèvres.

 

De quoi je parle ? Mais de toi.

Tu n’as plus foi et tu t’apitoies.

J’écrase.

Plus rien à tuer que le temps.

 

LG octobre 2009

 

Amoureux d’ivresse.

Le temps est venu de te retrouver mon Aphrodite,

J’ai tant à te dire dans ces rues vides,

Te prendre dans mes bras m’éclabousse de joie,

Nous vivrons dans la chaleur de tes maisons

Sur le comptoir de l’agonie

Où se brisent les coudes et les chopes de bière.

Evaporation de toute inquiétude,

Désintégration de chaque doute,

Une plume prend quartier

Dans le confortable apaisement

D’un esprit tournoyant.

Je vais te retrouver sans concession,

En embrassant ta vertu,

En embrasant mes vices,

Plus rien ne sera calculé,

Tout sera rire de grand éclat,

Je vais chanter,

Vois comme tout sera bien

La danse l’un contre l’autre,

La raison l’un dans l’autre,

Le cœur dans une vrille,

Le corps dans une spirale,

Un vertige désinvolte,

Des voltiges brutales,

L’équilibriste du funambule nocturne.

Je vais te revoir,

Je sais déjà que tous nous attendent,

On donnera spectacle dans les râteliers,

Notre visite est annoncée,

Le cambriolage sera sans impunité.

La limite est bannie des rues,

Le temps d’un godet ou d’un gosier,

Je fumerai mes verres,

Je boirai mes fumés,

Nous glisserons dans les caniveaux,

Un petit jour naîtra dans nos petits yeux,

Nous allons feinter la virilité,

Nous fêterons nos déboires,

Et nous finirons par ne plus rien voir,

Effacer les lumières des hautes devantures,

Balayer les saletés désespérantes,

Ravaler son passé récent,

Pour digérer le futur qui va tout finir

Tout sera noir tard au petit matin,

Il nous faudra reprendre conscience,

La séparation se fera progressive,

Comme des adieux qui n’en finissent plus,

Les réverbères s’éteindront

Les croissants tremperont dans les cafés,

Je croiserai le bus du dimanche,

Celui que mon ivresse aura pris,

Je serais saoul de fatigue,

M’enroulant dans la couette de la fébrilité,

Je rayonnerai parmi les étoiles,

Déjà certain que je te retrouverai,

Car ma vie se nourrit

D’amour et d’ivresse.

LG Mars 2010

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