Un nouveau matin, une nouvelle journée, l’inconnu persiste à vouloir me cacher ce qui sera. Dans le lit du sommeil profond, ma réalité se réveille. Je ne veux pas ouvrir les yeux, pas ce matin, pas aujourd’hui. Pour quelle raison devrais-je obéir à la nature ? Je n’ai aucun ordre à recevoir d’elle. Elle dicte des habitudes qui me font mal. Je ne veux pas ouvrir les yeux ce matin. Je n’écoute plus cet instinct naturel qui dicte mes pas. Je ne veux plus nager dans sa servitude et être l’esclave du sens de la vue. Je ne veux pas ouvrir les yeux ce matin. Je sais ce qui se passe de l’autre coté de mes paupières. A mon chevet, une pyramide de livres me fait de l’ombre. Dans ces récits, j’ai appris les mots génocide, liberté, dictature, solidarité, endoctrinement, idéologie, peuple, extermination, utopie et révolution. Maintenant, mes sommeils sont agités et je ne rêve plus. Je ne veux pas ouvrir les yeux ce matin. Dehors, la masse gigote dans tous les sens, elle me donne le vertige. Plus personne ne s’arrête, plus aucune plénitude n’existe dans ces villes où un chapeau de stress tourmente chaque individu. Je ne veux pas ouvrir les yeux, mes yeux semblent usés de voir. J’en ai assez de subir l’étrange procession que font ces gens tous les soir après leur nécessaire travail. Les repas devant des informations cathodiques, puis le cul dans un canapé confortable et reposant, ils se divertissent dans la machine à fabriquer des robots. Ils sont asservis dans une absolue acceptation de leur servitude au système. C’est la révolution des classes dirigeantes pour maîtriser le pouvoir. L’histoire a servi de leçons. Je ne veux pas ouvrir les yeux, pas maintenant, qu’on me laisse quelques minutes sans aucune image réelle qui ne me déçoive. Combien d’hommes vont tomber d’un immeuble avant de prendre conscience que tout doit finir immédiatement ? Combien de litres de pétrole doit-on voir dans nos eaux autrefois limpides pour comprendre les véritables origines de nos châtiments ? Combien de temps encore le mot extermination doit-il rester dans le dictionnaire ? Je ne veux pas ouvrir les yeux. Je ne veux plus ressentir la déception. Les grandes puissances qui donnent des leçons de vie à des impuissants, je ne veux plus voir ça. Les religions et leurs moralisateurs d’âme, je ne veux plus les entendre. Laissez-moi les yeux fermés. Les pesticides qui brisent les chaînes de la nature. Le monde de l’économie qui tue les chaînes humaines. Les révolutions qui ne révolutionnent que des amours propres. Je ne veux pas ouvrir les yeux. Laissez moi. J’ai envie de me rendormir. Rien ne m’attend ailleurs, rien ne vaut la peine d’être vu. Je vais garder mes yeux fermés aujourd’hui. Demain est un autre jour, demain l’espérance renaîtra peut-être de ses cendres.
LG février 2010
Filed under: écrits, Réflexions
Je ne sais pas si c’est un hasard mais dans “mots clés” colonne de droite il y a en premier “attitude positive”.
NP: Le mot extermination restera définitivement dans le dictionnaire quand le mot liberté n’y sera plus.