Lâcher son travail, quitter famille et amis pendant plusieurs mois et partir vers des horizons inconnus à pied à la rencontre des habitants. Mais pourquoi donc ???
Partir…
… pour sortir d’une société de consommation qui nous dicte envies et désirs et dont il est difficile de s’affranchir tant qu’on reste plongés dedans
… pour quitter la course effrennée du toujours plus, toujours mieux
… pour changer nos habitudes et en prendre de nouvelles, insoupçonnées
…en Europe centrale…
Après avoir envisagé différentes destinations, c’est finalement l’Europe centrale qui s’est imposée à nous, comme une évidence, répondant à différents facteurs :
- géographiques : une nature des plus belles, avec un relief et un climat restant assez proches de ce que nous connaissons. Nous ne souhaitions pas ajouter d’emblée au défi physique de la marche à pied celui de l’altitude importante ou de la chaleur étouffante.
- historiques : avec la chute du bloc de l’Est et du communisme et l’ouverture à l’Europe occidentale, il nous semble que les traces de l’histoire de ces pays risquent de disparaitre dans les années à venir, tandis que d’autres zones du monde évolueront moins rapidement. Nous ressentions donc un sentiment d’urgence par rapport à cette destination
- citoyens : nous nous sommes rendu compte que notre connaissance de notre propre continent était très limitée, aussi avant d’aller parcourir le vaste monde nous avons souhaité commencer par ce qui était juste à notre porte
- financiers : les compagnies low-cost nous emmènent plus facilement à Prague qu’à Lima, au Cap ou Saïgon !
- émotionnels : rester en Europe nous fait nous sentir plus proches de nos familles et amis et nous permet de rentrer en urgence aisément s’il arrivait quoi que ce soit à quelqu’un etc. C’est important pour nous, mais aussi pour nos parents, et surtout nos mamans
!
… à pied…
Si la destination n’était pas certaine initialement, nous savions du moins une chose : nous voulions faire ce voyage à pied au quotidien. En 2005 nous avions déjà parcouru 300km d’Astorga à Saint Jacques de Compostelle et cette expérience de la marche à pied au quotidien nous avait beaucoup marqués.
En nous forçant à aller à 5-6 km/h et en nous permettant de libérer notre attention de l’avancée elle même (contrairement à la voiture ou au vélo qui demande de regarder où on va), la marche à pied nous donne le temps de voir, d’écouter, de sentir et de ressentir les choses d’une manière unique.
Par ailleurs, c’est la marche à pied qui favorise le plus la rencontre. Aux yeux de ceux que nous croisons (et sans doute pour nous aussi), de voyageurs et étrangers qui passent nous devenons d’abord marcheurs qui sommes ici et maintenant. De ce fait, l’interaction s’en trouve changée et la rencontre plus simple, la relation plus authentique et riche. Nous en avons déjà fait l’expérience à plusieurs reprises dont tout récemment au Sénégal, et avons lu nombre de témoignages confirmant cette expérience (notamment Africa Trek)
Enfin, nous aimons la marche à pied elle même, pour les sensations physiques qu’elle nous procure et ce qu’elle provoque en nous. Lorsque les kilomètres s’aditionnent et que la douleur est dépassée, nous arrivons à des sensations d’apesanteur. Ludovic parle de voltige, Anne-Claire de méditation en mouvement. La marche à pied nous transporte aussi au sens figuré.
…chez l’habitant
Dernière caractéristique de notre voyage, nous souhaitons etre accueillis par des habitants le plus souvent possible notamment grace à des sites internet comme couchsurfing et hospitalityclub, et aux contacts d’amis d’amis.
Aller chez l’habitant, c’est meilleur pour notre budget
! Mais c’est surtout
- pouvoir vivre les différents pays davantage de l’intérieur
- s’ouvrir à une plus grande diversité de rencontres qu’avec les auberges de jeunesse, chambres d’hotes et hôtels
- vouloir surmonter la peur de l’inconnu et nos a priori
- créer des amitiés, éphémères ou durables
- vouloir croire en la gentillesse de l’être humain
Nous esperions pouvoir compter sur les rencontres au fil de nos pas pour trouver quelqu’un qui souhaitera nous offrir l’hospitalité les jours ou nous n’aurions pas d’hote a l’avance. Ceci dit sans parler la langue locale (quand eux ne parlent ni francais ni anglais ni allemand), dans des pays ou l’hospitalite n’est pas spontanee et par temps pluvieux ou les gens ne s’eternisent pas dehors ( a part nous !), ca cumule des facteurs pour le rendre difficile voire impossible.
Enfin, un petit mot sur nos motivations personnelles, qui s’ajoutent à ces moteurs communs.
Ludo
A l’annonce de mon voyage, mon entourage me demande quelle sont mes motivations. Le « pourquoi » interrogatif de cet acte, qui aux yeux de tous semble impressionnant. Je crois que le but ultime de cette expédition dans le confins de L’Europe, c’est de toucher une certaine Liberté, dans l’errance des routes, perdus dans l’immensité des campagnes, marchant dans un présent, avec la conviction de voir, de sentir la nature, sans aucune croyance mais avec la certitude de croiser bon nombre de gens, d’échanger des sourires et des bonjours, laissant les convictions dans le placard de nos peurs. Chaque jour, nous inventerons de nouvelles frontières à nos esprits, à chaque kilomètre, nos corps se rapprocheront encore et encore de cette terre de laquelle nous nous sommes bien trop éloignés.
Voila, je vais oser transformer mon imagination en une réalité, avec à mes côtés la femme de mes rêves qui est déjà une réalité, depuis bien longtemps.
Anne-Claire
Partir en voyage itinérant, c’est une invitation au lâcher prise, à ne pas vouloir tout contrôler mais m’ouvrir à l’inattendu et aux cadeaux de la vie, sans toutefois me contenter d’attendre que tout me tombe tout cuit dans le bec. C’est créer les conditions pour que l’inattendu puisse surgir.
Partir à la rencontre d”habitants d’un autre coin du monde, c’est aller à la rencontre d’un mode de pensée non-occidental. L’interculturel, j’en ai parlé pendant plusieurs années professionnellement, j’avais envie de le revivre de manière intense, en allant non seulement à la rencontre de nouvelles cultures mais aussi de personnes de milieux sociaux différents et de tous âges.
Marcher tous les jours plusieurs heures, c’est faire silence autour de moi et en moi, m’ouvrir à une sorte de méditation en mouvement qui met toutes les pensées et préoccupations sur un autre plan, les priorités s’en retrouvant chamboulées et les questions surgissant se faisant différentes, se faisant même souvent réponses.
Enfin, vivre cette aventure avec Ludo, c’est réinventer notre relation à chaque instant, donner une dimension complémentaire à nos vécus réciproques et transformer un rêve en réalité.